Se fabriquer son vélo de montagne sur mesure : Le rêve devenu réalité avec les Clipains !

Se fabriquer son vélo de montagne sur mesure : Le rêve devenu réalité avec les Clipains !
La genèse
Pratiquant passionné de vélo depuis mon enfance et amoureux de la montagne, j’ai le plaisir de partager des sessions en vélo de montagne avec Pascal depuis quelques années. Le voir évoluer sur ses propres réalisations en acier à plus de 3000m donne un sacré cachet à la pratique. Avec mes vélos carbone fabriqués à l’autre bout du monde, mes montures en étaient à l’opposé. L’optimisation du matériel, l’ingénierie, et le côté écoresponsable du DIY ont fait naitre dans mon esprit le rêve de rouler sur un vélo fait par mes soins. Grâce à l’amitié tissée avec Pascal, j’ai vite réalisé que ce rêve n’était pas une utopie. Ça ferait un beau projet… quand j’aurai le temps ! J’avais dû glisser cette réflexion sans y prêter attention lors d’une conversation au retour d’un périple vélo de montagne…
La surprise
Cap de la 40aine atteint à l’été 2024, je reçois à ma plus grande surprise une enveloppe « bon pour un stage fabrication d’un cadre chez les Clipains ». Le vague projet lointain du vélo DIY n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde… Ma compagne avait tout préparé en concertation avec Pascal pour me faire la surprise et celle-ci fut la plus totale! J’avais un peu de mal à y croire. Reste maintenant à trouver quel type de vélo fabriquer et caler un planning pour la semaine à l’atelier des Clipains. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je vais avoir la chance de partager cette aventure avec mon frère qui se décide lui aussi à venir se faire un cadre avec moi.
Les préparatifs
Pour le choix du type de vélo à fabriquer, après avoir étudié la piste du tandem et sa faisabilité opérationnelle avec le maître cadreur, la passion l’a finalement emporté et j’ai opté pour la création d’un vélo de montagne type mulet. Ce choix me permet de compléter ma collection de vélo de montagne en 26’’, 27.5’’ et 29’’ en combinant les avantages des deux derniers formats en un seul vélo. Les retours de Pascal sur ce type de monture ont également bien aidé à faire pencher la balance de ce côté… Celui-ci semble particulièrement adapté à notre pratique de la montagne orientée sur le plaisir du franchissement dans les sentiers techniques plutôt que sur celui de la vitesse et du chronomètre vers lesquels se concentrent essentiellement les productions du commerce. L’aisance avec laquelle Pascal évolue sur les sentiers alpins n’a pas laissé émerger le moindre doute quant à la crédibilité des géométries maisons. Cette dernière fut vite confirmée sur le terrain lors d’un essai du mulet du chef fin aout 2024 sur les sentiers valdotains. Le triangle arrière mono-pivot est super réactif ce qui me convient bien pour ma pratique. En mixant la géométrie de mon 27.5’’, super maniable et précis, avec le format mulet pour retrouver le grip frontal du 29, le résultat devrait être très intéressant !
Une fois ce choix arrêté, il me restait encore à sélectionner les composants pour un montage fiable et léger pour les sessions de ride en montagne. Objectifs : ne pas dépasser les 14kg tout équipé de mes VDM en carbone tout en optimisant les achats de pièces et avoir un vélo fini pour les sessions de l’été 2025.
La fabrication à l’atelier
Créneau d’une semaine trouvé sans trop de difficulté, merci le pont du 11 novembre.
L’atelier est localisé en pleine nature au milieu la garrigue, à deux pas des grottes ardéchoises et du terrain de jeu dit « des marnes ». J’étais bien content d’y arriver à la lueur des phares après le trajet en provenance de Nancy. Les lieux sont un peu à l’image de Pascal, un peu rustiques au niveau confort et niveau technicité il y a de quoi faire pour les débrouillards ! On va y passer une super semaine tous les 3, en autonomie sous le soleil automnal, à partager notre passion du vélo ! Prévoir ses réserves en eau car il n’y a pas l’eau courante sur place. Le poêle à bois était bien appréciable avec les gelées matinales et la fraicheur des soirées de novembre.
Nous avions pris le parti de dormir dans nos véhicules sur place, ce qui a permis, en l’absence de voisinage, de maximiser le temps de travail à l’atelier, au grand dam de Pascal qui nous a accompagné jusque tard dans la nuit.

Spot à piquenique sous le soleil

Pièce chauffée multifonctions

Vue d’ensemble de l’atelier

Soirée studieuse à l’atelier

Niveau compétences en usinage et soudure je pars de zéro : je n’avais jamais touché un chalumeau avant ! Il m’a fallu aussi un peu de temps pour m’approprier les différents outils de l’atelier. Mon frère plus mécano-bricoleur était directement plus à l’aise et a ainsi été plus efficace et autonome dès le départ.

Initiation soudo-brassure sous l’œil attentif du coach

La satisfaction des 1ers cordons enfin maitrisé

C’est ça mon cadre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Triangle avant en cours de fabrication

Triangle arrière en cours

Vérification de l’angle de direction avant les dernières soudures grâce aux pièces de Pascal réquisitionnées

Le stage étant juste pour mon frère et moi, Pascal a pu bien adapter l’encadrement en fonction de nos niveaux, gage d’une réalisation sûre et entièrement réalisée par nos soins. Pour ma part il m’a fallu pas mal de temps, de concentration et d’énergie pour arriver à maitriser la soudo-brasure et être moins crispé. J’avais peur de trop chauffer et de fragiliser les beaux tubes Reynolds triple butted ! Plus à l’aise avec un guidon entre les mains qu’avec un chalumeau… C’est vraiment un travail d’usinage artisanal qui aurait nécessité un peu d’entrainement à la maison avant de partir pour le maniement de la disqueuse et de la ponceuse pour être plus à l’aise dès le départ avec le travail de l’acier. Ça n’a rien à voir avec la maçonnerie et la menuiserie auxquels j’étais plus habitués ! En arrivant un peu moins tard la veille ça aurait également pu être intéressant pour un novice comme moi de faire une visite de l’atelier et de ses outils/machines pour bien comprendre les utilités de chacun, et de me faire une vue d’ensemble du processus de fabrication avant d’avoir la tête plongée dans la création de MON vélo. Concernant les machines, un tour aurait permis de faciliter la réalisation des axes, c’est passé sans, mais au prix de plus d’heures de travail.
A l’atelier on est vraiment au royaume du sur mesure : on peut tout ajuster à sa morphologie et selon ses envies. Mon frère, initialement venu pour se faire un 27.5’’, est reparti avec un cadre de mulet quasi similaire au mien mais ajusté à sa taille ! De mon côté ça m’a permis de monter une poignée de poussage bien appréciable pour la montagne, des fixations au standard ISCG 05 pour monter un bash et des pattes de fixation d’étrier de frein directement en PM 180mm. Le choix des principales cotes de la géométrie n’a pas été un problème, j’avais déjà dégrossi la conception en amont avec Pascal en reprenant ce que j’aimais de mes autres vélos ; son expérience des contraintes de fabrication a figé le reste.
Pascal a géré à la perfection l’encadrement de la réalisation simultanée des deux tout-suspendus par deux novices, un sacré challenge ! Pas simple d’avoir un bout de la tête dans l’usinage de tubes d’un triangle avant et l’autre dans les prises de côte et soudures du triangle arrière…
Au final, il nous aura fallu 6 jours de fabrication assez intenses pour les deux cadres tout-suspendus avec les finitions.
La satisfaction et la fierté étaient au RDV au moment de quitter les lieux après avoir pris le temps de gouter à quelques lignes de marnes en récompense. J’avais naturellement pris soin d’emporter un de mes VTT pour me rendre sur place…
Je retiendrai de cette semaine une épopée inoubliable m’ayant permis d’apprivoiser le métier d’artisan cadreur avec le travail des tubes et de la soudo-brassure mais surtout une belle aventure humaine partagée à 3.

Et voilà le résultat des 6 jours à l’atelier

La sélection des composants et le montage
La sélection des composants a été la phase qui m’a pris le plus de temps. Etant assez perfectionniste j’ai mis quasiment 9 mois entre les premiers achats de pièces et la dernière commande reçue. J’ai tout pris en neuf pour gage de sécurité. Le nombre d’heures passées pour choisir pièce par pièce les modèles les plus adaptés combinant fiabilité/poids/tarif est difficilement chiffrable. La transmission a été le plus chronophage à choisir et le montage des roues sans doute le plus délicat. Il convient également de ne pas sous-estimer la phase peinture pour un résultat optimal. J’aurais aimé pouvoir laisser le cadre brut mais avec l’acier c’est impossible, il doit impérativement être protégé pour éviter la rouille. Apprêt phosphatant, peinture et vernis ça prend du temps aussi et ces opérations conditionnent directement le rendu final du vélo. Pas mal de partage de retours d’expérience sur le matériel avec Pascal et mon frère pour aboutir au résultat final escompté. Tout a été choisi, comparé et pesé pièce par pièce. J’ai fini le montage avec quelques composants en double ou triple car souvent les premiers choix n’étaient pas les plus optimisés. J’ai trouvé plus light en poursuivant ma prospection et j’ai donc privilégié un montage direct des composants optimisés laissant du stock en cas de casse ou des possibilités pour d’autres projets….
J’ai aussi dû limer un peu le triangle arrière au niveau des bases pour réussir à monter le boitier de pédalier que j’avais pris un peu plus gros que celui de Pascal. En effet, les bases venaient taper dans le boitier de pédalier lors de la détente complète de l’amortisseur.
Principaux choix retenus : fourche Rockshox Pike ultimate (gain de poids par rapport à la Fox 36 factory initialement prévue de près de 20%), transmission mono 11v en 24×10/46 (robustesse du 11v et des manivelles alu, poids de la cassette 10/46 garbaruk, garde au sol et poids du 24t Raceface), freins XT déjà éprouvés sur mes autres vélos avec 4 pistons à l’avant pour plus de sécurité dans les longues et raides descentes, roues light (robustesse des jantes alu, modèles DUKE et Raceface haut de gamme pour le poids), TDS Oneup V3 pour le poids, cintre et selle carbone pour le poids également sans trop d’exposition aux rochers à cette hauteur, bash et protections des plongeurs fait maison.
Le résultat est à la hauteur de mes attentes : un bébé de 13,5kg prêt à rouler, finalisé dans les délais pour les sessions vélo de montagne 2025. J’avoue quand même être un peu bluffé d’arriver à un résultataussi léger que mon 29’’ carbone du commerce pourtant déjà bien équipé ! Tous les objectifs sont atteints, ne reste plus qu’à tester ça sur les sentiers alpins !
Au prix du cadre j’ai dû rajouter un budget de 2000€ pour l’achat des pièces du montage final et de la peinture.

Tests et retour d’expérience après une saison sur les sentiers
Le premier test de nos créations a été fait au début du printemps par mon frère qui a réussi à finir son montage avant moi. Ses premiers retours ont été supers positifs ! Connaissant sa sensibilité sur les géométries c’était un très bon signe. J’étais impatient de tester par moi-même et ultra confiant quant à la qualité du résultat tant attendu.
Le premier test de mon jouet arrive enfin lors d’un séjour familial en montagne à l’été 2025, soit près d’un an jour pour jour après la réception de la fameuse enveloppe ! Je profite d’une rando au Signal du Petit Mont Cenis pour embarquer le vélo et lui offrir un baptême de haut vol. La montée me permet de valider le choix des rapports de transmission, de l’angle du tube de selle et l’utilité de ma poignée de poussage. Pas de phase de rodage pour la partie descente, j’attaque directement les premiers mètres inauguraux depuis le sommet à près de 3200m ! Au menu, un gros morceau en T5+ rocheux qui engage avec de la pente sur 500m de dénivelé, assez peu de déchets moyennant quelques passages trialisants. De suite à l’aise sur le vélo, avant précis et offrant un bon grip, ensemble équilibré qui met en confiance dans ce type de difficulté, arrière court et joueur pour se faufiler entre les rochers, c’est top à rouler dans le hard. La suite de la descente sur 1300m de dénivelé pour rejoindre la vallée est plus classique et moins extrême avec un final flowy type bike parc. Idéal pour voir le potentiel de la bête sur une belle diversité de terrains. Cette deuxième partie permet d’apprécier également les avantages de cette configuration, grosse roue avant qui avale le terrain et la petite à l’arrière qui donne un caractère très fun à piloter dans le flowy. Grosse banane en arrivant en bas, la géométrie et les choix de composants de ma création sont validés, reste à confirmer la fiabilité de l’ensemble sur la durée. La suite des tests sur les sentiers et sommets du Val d’Aoste et de Haute Maurienne au cours de la saison n’ont fait que confirmer ces bonnes sensations et la cohérence de ce montage sur-mesure. Je n’avais jamais été aussi bien sur un bike, parfait mélange d’efficacité et de plaisir de pilotage. Le poids du cadre acier est bien compensé avec les composants light rendant les portions roulantes et les poussages-portages tout à fait digestes, mes épaules pas très entrainées aux portages valident. Mon frère est également conquis par son nouveau jouet, je ne l’avais jamais vu aussi à l’aise sur les sentiers. Pour lui aussi le sur mesure made in les Clipains aura été une belle réussite. Le seul regret de 2025 aura été ne n’avoir pu partager de roulage avec Pascal, satanée vilaine chute une semaine avant mon arrivée en montagne… Promis on bouclera la boucle en 2026 avec nos Clipains mulets ☺

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