
« Montañas vacias – Les Montagnes vides
Les Montanas Vacias sont situées en Espagne, entre Madrid et la côte est. Un des coins les moins peuplé d’Europe, surnommé la Laponie espagnole, car la densité de population est équivalente à la Laponie. Un parcours de bikepacking y est réputé, un site internet très bien construit donne une trace GPS et des infos précises. Le site Bikepacking.com le présente de belle manière avec de chouettes photos, bref ça donne envie d’y faire rouler les roues.

Le parcours est très roulant, fait de pistes et de bitumes (20%). Du offroad très facile d’un point de vue technique. Les difficultés sont : le dénivelé important (on a beaucoup utilisé nos petits développements de VTT), l’altitude et donc le climat qui peut être assez rude (on navigue entre 1000 et 2000m), et le peu de points de ravitaillements sur certains secteurs. Il faut pouvoir être autonome en bouffe sur des portions d’environ 100kms au moins. L’eau se trouve facilement par contre. 680kms et 13000m D+. Il faut quand même rester prudents dans les descentes, on prend rapidement de la vitesse sur un sol fuyant. Toujours garder la maîtrise de sa vitesse.

Nous sommes descendus en voiture avec Pascal. Dans mon nouveau Renault Espace. 23 ans et bientôt 300000kms, qui a avalé le trajet aller et retour sans aucun problème, nous apportant confort, sécurité et même une certaine classe à mes yeux vu son prix d’achat équivalent à un vélo électrique de mauvaise qualitée . Comme quoi, même chez Renault, y’en a des biens…Lorsque je ne pars pas seul, je n’écris pas de récit au jour le jour. De toute façon, mon moyeu dynamo en Offroad permet juste d’alimenter mon GPS, et le smartphone est en mode avion pour conserver la charge, et ça me permet de prendre du recul sur l’usage de cet appareil. Voilà donc un résumé de cette belle semaine en quelques points :La région est assez incroyable : le mot « vide » se ressent vraiment. D’immenses étendues où l’on regarde à 360° autour de soi sans voir une habitation. Des villages abandonnés. Des villages habités mais où l’on ne voit presque personne. Des ruines. On a souvent l’impression d’être dans un western spaghetti en arrivant dans les bleds, manquent juste les trucs qui roulent dans le vent et le fond musical. Les paysages sont variés: couleurs, végétations et roches différentes. On enchaîne les scènes du film les unes après les autres.

La météo a été moyenne, mais plutôt bonne pour mon génome de chti, car pas trop chaud. Les nuits entre 0 et 7/8°. De la pluie les 3 premiers jours, et du soleil mais avec de l’air frais et froid pour le reste. Les bivouacs sont très simples à trouver, vu qu’il y a plein de zones de nature loin des humains. En s’organisant, il est possible de trouver presque tous les jours des abris (genre petits refuges ouverts), ils sont indiqués sur la carte maps du site internet. Bon évidemment, nous, on ne s’organise pas… on en a utilisé juste un qui était au bon endroit après une bonne journée de pluie. Les nuits ont été bien calmes partout. Juste nos ronflements respectifs qui ont agrandi au fil des nuits l’espace entre nous. Faire chambre à part peut sauver des couples, il faut savoir casser les codes sociaux…On a pu se baigner dans un beau ruisseau pendant une pause de midi. Une eau glacée qui a donné l’illusion d’être un peu propre quelques heures. L’endroit était merveilleux. Un moment de grâce, sublimé quelques kilomètres plus loin par la beauté d’une naïade espagnole en bronzage intégral (à une fine ficelle prés…), en contrebas de la route, que nos yeux de gentlemen ont su apprécier avec toute la discrétion nécessaire à la conservation de la classe française (merci Oakley et Julbo). Pour le reste de la gente féminine espagnole croisée, on était plus sur des contemporaines de la fin du règne de Franco. Notre duo de bikepackers avec Pascal est assez rôdé désormais. On a peu besoin de parler, de toute façon on a tous deux un côté ours des bois peu loquaces. On sait s’adapter à l’autre, et savoir accepter les quelques exigences et bougonnements qui ressortent dans les situations de fatigue. Les niveaux physiques dans le cadre de cette pratique du vélo sont très proches, ça facilite la cohabitation.

Si Robert Louis Stevenson a été l’inventeur du sac de couchage en 1878 pour sa fameuse expédition à travers les Cévennes avec son âne Modestine, il aura fallu attendre 2025 pour que Pascal trouve l’intérêt de s’équiper contre le froid la nuit. Le 18 mai 2025, il déclarait : « c’est quand même bien de ne pas avoir froid, de pouvoir dormir pour être plus en forme le lendemain sur le vélo ». Mesdames et Messieurs les actionnaires de ChatGPT, soyez vigilants, la capacité d’analyse de Pascal a passé une étape… hahaha…
Nous ne parlons pas espagnol et ça nous a manqué. Si, pour gérer les affaires courantes on arrive toujours à se débrouiller, on a été frustré de ne pas pouvoir discuter avec les gens rencontrés. Notamment des vieux qui semblaient très esseulés dans des villages perdus, et pour qui notre passage aurait pu être un beau moment d’échange rare. La tournée des bars a été assez chouette. 1 à 2 par jour environ. Des établissements très simples, sombres et clos pour se protéger de la chaleur. Des serveuses et serveurs gentils, des petits prix, la simplicité de la campagne comme on l’aime. Dans chacun je me serais bien vu passer de l’autre côté du comptoir et servir là une pression, ici un expresso… un projet qu’il va bien finir par concrétiser un jour… Le café est bon en Espagne, pas comme en Italie ou au Portugal, mais très correct. Nettement meilleur qu’en France, mais c’est pas dur…
Voilà, je vous invite chaleureusement à aller visiter ces montagnes vides. Vides d’humains, mais pleines de belles choses à voir et d’émotions à ressentir.
Viva España !!! »
Guillaume


J’ajouterais que pour moi les premiers jours ont été difficiles, faire uniquement du roulant m’est assez pénible. Je m’ennuie et trouve dommage de monter une piste pour ensuite descendre… une piste !
