Je retrouve aujourd’hui mon carnet de Sourdure !*
Et quel timing ! Cela fait presque maintenant 1 ans que deux cadres sont sortis de l’atelier des Clipains, et juste avant que je ne le retrouve au fin fond d’une caisse de pièce de vélo, Alejandro (qui est aussi intense que nonchalant) a enfin finalisé son vélo qui a fait son premier tour de roue en camargue

Voilà 9 mois qu’un VNI arpente doucement les pentes du Livradois Forez. Ce Vélo Non Identifié est un bestiau accouché il y a déjà 8 mois de l’atelier associatif des Clipains Salamandre. Ce VNI c’est elle :

La Fourmule 1 et sa petite soeur bien plus grande : La Fourmule 2 – deux cadres soudrés par deux jeunes artisous du cadre, deux apprentis soudreurs, chapotés par Pascal depuis sa régie (ou le mirador), derrière son pot de Danette au chocolat.
Et ici enfin est posé par mail l’histoire de la création de ces deux cadres dans cet ateliers associatifs.
L’histoire
L’idée de se fabriquer son propre cadre n’est d’abord pas évidente : qui suis-je pour prétendre fabriquer mon propre vélo ? Ai-je besoin d’un autre vélo ? Ai-je les compétences pour pas totalement foirer quelques cadres ? Mon corps va-t-il résister à l’ingurgitation d’eau de pluie ramassée dans un wagon de mine et à l’absorption régulière de Danettes au Chocolat ? Toutes ces questions sont balayées d’un revers de la main, façon Paul Brody qui enlève sa flamme, et ce conseil de Pascal : « Tu peux en mettre autant que tu veux, c’est juste que tu vas passer des jours à poncer après, mais ça tiendra ». Capisce!
C’est Guillaume R., membre éminent de la société des Salamandres, rouleur d’une salamandre verte, fournisseur officiel de baume pour le cucul, habitant de Valcivières et ami cycliste du Livradois Forez qui m’a sorti de ma torpeur duboncoin. A force de chercher des beaux cadres pour une telle ou un tel on se prend l’envie d’avoir une monture plus habile, plus légère que sa randonneuse solidement cachée derrière ses portes bagages, garde boues, et autres pédalier triple vitesse.
Puis finalement je me suis dit que ce serait mieux de mettre ces billes dans un truc qui me permettrait de voir comment on fait en le faisant, de mettre des sous pour une association (pour changer des tombolas haha), et de faire un truc à peu près sur mesure (avec à peu près ce que je veux dessus, je dis à peu près parce que devant toutes les possibilités on n’a plus trop d’idées).
Le premier coup de main a été la suggestion d’une fourche (bon carbone d’accord) par Guillaume, et de se baser sur la géométrie d’un vélo vendu avec (un chiru vagu).
Me voilà donc à faire un aller-retour sur un week-end de mars vers l’atelier depuis Ambert où il faisait 30 degrés à l’aller – et je me retrouve à camper à -5 sur les plateaux du Velay au retour.
Je fabrique le triangle avant dans le jour où je suis sur place avec Pascal.
C’est bien d’y aller avant. Ca permet de voir le lieu, découvrir la soudure. Et ça permet une première rencontre avec Pascal (et ce n’est pas négligeable!).
La fabrication
Nous nous retrouvons le dimanche soir à l’atelier avec Alejandro. Alejandro c’est le copain qui fait 1m95, a toujours eu des vélos pourris trop petits pour lui, mais que ca faisait marrer de venir apprendre à faire son cadre. Au moment où j’écris ce mail, je ne suis pas sûr qu’il ait fini d’installer les freins qu’on n’a pas eu le temps d’installer à son passage… (MAJ : il a bien fini !)
Voilà donc que je retrouve mon carnet avec les petites notes de la semaine – et ce sera un guide pour les personnes intéressées et pour prévenir de la bonne ambiance qui y règne :
1er jour

Bon pas grand chose à dire sur le premier jour. Mais il me semble me rappeler dans mes souvenirs lointains avoir passé la moitié de la journée à enlever un pneu d’une roue pour le mettre sur une autre pas tout à fait adaptée. Une galère sans nom qui a laissé Pascal pantois, qui devait se dire que la semaine allait être longue avec ce bras cassé et Alejandro … qui était déjà parti faire autre chose ce jour là…
Je crois qu’on a quand même réussi à faire les bases.
2ème jour :
Décision de couper les bases
Recouper les points de soudure.
Gruger les bases à -15 mm (il devait y avoir du rab quand même)
Nettoyer les bavures
Discuter couleurs et peintures.
Ajustement des bases, pointage des bases et de la douille (sur de l’opéra ! Parce qu’on n’écoute pas n’importe quoi à l’atelier – et ça prend mieux sur de l’opéra).
Mesure des bases, présentation des bases et placement du downtube sur
3ème jour :
Grugeage des tubes, fabrication de la géo,
Soudure des œillets
Sculpture du tube de selle (il ne faudra pas oublier la tige car c’est un peu pointu)
Pointage d’un côté
Pointage de l’autre côté
4ème jour :
Dur réveil – à 6h du matin à écouter des podcasts sur Xi Jinping
On retourne le cadre maintenant qu’il est froid pour faire les cordons de l’autre côté
On avance sur le vélo d’Alejandro en parallèle, mais la journée a été longue et peu productive. Au moins un peu reposante.
Comme j’avais eu la riche idée de tester tout un tas de trucs que je ne connaissais pas, j’avais décidé de mettre un T47 comme boitier. Sauf qu’un boîtier pareil ils en ont pas en stock, et j’ai dû le fabriquer le premier jour à partir d’un tube en 50, et le 4ème jour, une fois que le cadre était bien avancé, il a fallu le tarauder. Et ça c’était extrêmement stressant ! Car si le taraudage foirait et bien …. Il fallait tout recommencer. Et le taraud s’est coincé bien sûr.
Ca a fini par fonctionner ! Grâce à Pascal et son esprit sain alimenté par des Danettes chocolats
Bon, il a fallu passer l’alésoir dans le tube de selle… Qui avait peut-être trop chauffé. Ca aussi c’était long, et tout à coup il était 23h.
5ème jour :
Réveil dans le froid et podcasts sur Xi Jinping
Fabrication des haubans – Pascal m’avait prévenu que ce serait fastidieux (il m’a aussi dit que ca ne servait à rien sur un vélo, mais bon, dans le doute on va en mettre quand même au moins 1).
Long à trouver l’angle, la longueur, et la gueule qu’on aime bien
Une fois bien présenté, prêt à couper … resserrage des cales, de tout sous la machine … eeeeeeet ça a bougé !
Bon, à force d’y couper et d’y meuler, ils descendent plus bas que prévu, c’est un style .
Une fois soudé ça allait mieux
Et pour finir :
Soudure des œillets et arrêts de gaine et guide durite jusque minuit ! Le plus dur c’est le choix de l’emplacement, et ça c’est à anticiper !
6ème jour :

Rien non plus. Mais ce doit être parce que ca a été une journée à poncer et à polir avant de passer une première couche de sueur sur les bases pour les faire légèrement rouiller. Finalement les cordons ne ressembleront pas à ceux de Paul Brody, mais on ne peut pas tout avoir !
Petite devinette : Qui suis-je au sixième jour ?

le ponceur
Ambiance atelier La compilation des petites phrases.
Gravity always wins
P : « Pas de à peu près à l’atelier ! »
Soudre … attendre … soudre … attendre
« Alejandro il range pas ses affaires »
Il est où le marqueur ??? Et là, il est déjà retourné dans la poche de Pascal !
En mangeant de la fourme : « Les artisous du cycle »
« Ca va être bizarre de revenir à la vie quotidienne. Quand je vais me réveiller je vais voir ma copine et je vais lui dire < « Je vais attendre que Pascal il mange sa crème au chocolat pour lui poser la question, on aura plus de chances qu’il dise oui » – J’ai une question un peu sensible à te poser Pascal, je te la poserai quand tu auras mangé ta danette au chocolat.
Musicalement
Fip SACRE FRANCAIS à fond, tout le temps : Pascal
Salsa, jazz, ou : Alejandro
Radio Supeyres de Gaston « Trop intense » et NTS « ca parle trop »
Résultat de l’affaire :
C’est un vélo qui roule ! La fourmule 1 me transporte ou je veux, assez rapidement, sur des longues distances avec peu de bagages. C’était le but. Elle a déjà fait les apparemment 2 plus beaux brevets de France : sur les pas de Raboliot en mode gravel, et avec Guillaume sur Les Indochinois autour du Mont Ventoux. C’était d’ailleurs un tour avec deux clipaines puisque le 1366 venait de sortir de l’atelier peinture pour être discret au milieu de la forêt ou d’une exposition de portails devant un batibrico !
C’est une première monture assez agile, plus agile que les autres vélos et assez polyvalent. La rouille lui donne un air un peu steam punk, et une erreur de commande de guidoline a fait qu’elle a eu des pointes de rose plutôt que le violet initialement prévu. Pour le moment en groupe Campa Ekar, le vélo reste assez léger, mais les sacoches, toujours alourdies d’un bout de fourme, comme l’estomac du bonhomme dessus, rajoute un poids certains.
La selle, fournie par la roue dynamo donne un air futuristic à ce vélo qui fait poser des questions à son passage. Ce n’est pas certes la meilleures réalisation, mais son histoire et le contexte de sa fabrication racontée au dessus en font un vélo très attachant, et qui répond tout à fait aux exigences inexistantes avant de se lancer dans cette aventure des Clipaines !
Merci à Pascal et Guillaume, et à toute l’équipe des Clipains pour avoir donné l’occasion de pouvoir faire ça !
* Sourdure : à écouter pendant qu’on soudre https://sourdure.bandcamp.com/

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